Vous avez publié un album appelé «Konture».

Mattt Konture est mon nom d’auteur de bandes dessinées. «Konture», c’est d’après les contures, personnages de mes rêves d’enfant (voir l’album…)

Comment êtes-vous arrivé à la BD ?

J’ai commencé, enfant, par faire une planche dans le genre d’Astérix pour un concours que m’avait proposé ma grand-mère. J’ai eu ma période de lecture de Strange et j’ai donc fait des pages avec des super-héros; je lisais Spirou aussi, et j’ai fait des dessins influencés par Dubout… Ma belle-mère a jeté tout ça… Au début des années 80, j’ai fait avec des copains un journal (j’ignorais le mot « fanzine ») de débutants influencé par les marges et l’humour de Fluide Glacial, Gotlib et par des auteurs de Métal Hurlant, Druillet, Moebius, Tardi, Corben, etc.

 


Dessin pour l'action de BD Solidaire Idées+/Festival BD Massillargues-Atuech


On parle parfois, à votre sujet, d’inspiration graphique dans les milieux underground des années 60 et 70. Etes-vous d’accord avec cette affirmation? Si oui, qui sont alors vos sources d’inspiration (Crumb, peut-être?)?

Crumb ne m’a pas influencé en premier lieu. J’ai commencé à dessiner avec des hachures, influencé par Moebius, Solé, Masse, Caro et les gravures de Gustave Doré! Ce n’est qu’en 88, quand j’ai fait «Krokodile Comix», le 1er, que j’ai vraiment découvert Crumb et les Comix underground, alors revenus à la mode à Paris. Je me suis rendu compte à ce moment-là que les bandes dessinées que je faisais étaient une suite de ce courant underground toujours vivant. J’ai commencé l’autobiographie dans ce «Krokodile comix», mais j’avais auparavant déjà usé du texte off à la première personne. Ce qui est rigolo, c’est que mon premier album, chez Futuropolis, s’appelle «Souterrain», parce que le héros découvre un souterrain, mais je ne connaissais pas du tout «l’underground» américain!!! Et cet album-là est dans un style hachuré, mais n’est en rien influencé par Crumb. En 88, Crumb m’a influencé pour les grands pieds de Galopu, et pour son genre cartoonesque, humouristique, aussi! Je me suis, en le découvrant, découvert un père spirituel, dont, avant qu’un ami ne me donne, en échange de disques, un livre sur lui, j’ignorais tout! En 88, année où j’ai eu ce livre et me suis reconnu dans cet «underground», ce qui a donné «Krokodile comix», j’en avais déjà dessiné et publié pas mal des planches aux dessins hachurés sans savoir que mes inspirateurs, tel que Francis Masse, avaient été influencés par Crumb et le courant underground américain!

 

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© Mattt Konture - Galopu sauve la terre - L'Association

Dans la vaste littérature vous concernant qui circule sur Internet, j’ai relevé quelques termes qui qualifient votre œuvre: intimiste, narcissique, comixtures, voire même narcissiek comixtures, punk. Certaines explications sont peut-être nécessaires tout d’abord. Et puis acceptez-vous tout cela? Et enfin, êtes-vous vous-même votre propre source d’inspiration?

Je suis enchanté d’apprendre qu’une «vaste littérature» sur mes bandes dessinées circule sur Internet que je n’ai pas chez moi! Intimiste, oui. Narcissique, oui. Comixtures est un mot que j’ai composé de Comix et de Mixture. Narssissick, oui… surtout sick, malade, avec ma SEP maintenant et puis je n’ai plus l’âge de m’admirer dans un miroir ! Punk, ben oui, j’ai été un jeune punk, un des rares de Lozère ! puis un Keupon à crête fan des Bérus, puis un fan du garage punk des sixties, et puis un hardcorer headbanger aux longues locks crusty, que j’ai fini par raccourcir récemment… Oui, je reste de la grande tribu punk… Pour un courant au départ quasi mort-né, le punk a une longévité qui montre qu’il ne s’agit plus du tout d’une mode passagère, mais bien d’une partie importante de la culture d’aujourd’hui, d’hier et de demain, aussi diverse et variée que le sont les artistes que l’on peut rattacher à ce mot, malheureusement de plus en plus galvaudé par la publicité et compagnie. Oui, je suis ma propre source d’inspiration. Je crée d’après ce que je connais le mieux, à savoir mon expérience personnelle de la vie.

Comment faites-vous pour éviter le côté exhibitionniste que pourrait prendre très vite ce type d’ouvrage? Je pense aux cinq albums de la série «Auto-psy d’un mort-vivant».

Je n’évite pas le côté exhibitionniste de mes comixtures, je joue avec, j’exprime dans mes pages mon malaise de m’y représenter, je tourne en dérision mon narcissisme… Les écrivains autobiographiques n’ont pas, eux, ce problème des autoportraits dans des cases qui, chez moi, vu mon dessin semi-réaliste, peuvent me gêner, si on lit ça devant moi surtout! Lisez-moi en mon absence !… Quand je dessine ces pages, je suis seul avec moi-même. Je commence à m’exprimer par écrit, puis je dessine en dessous. Vu que c’est moi qui m’exprime, c’est souvent moi que j’ai à représenter sous le texte …

 

© Mattt Konture - Auto-psy d'un mort vivant tome 6 - L'Association

Il me semble que, quel que soit le sujet abordé, vous restez dans une humeur joyeuse, pleine de dérision. Est-ce dans cette humeur que vous vous êtes lancé avec Lewis Trondheim dans cette BD improvisée à quatre mains «Galopinot» ? Comment avez-vous travaillé? Et comment le public à l’époque a-t-il reçu cet album (au fait, vous préoccupez-vous du public quand vous commencez un nouvel album?)

Tant mieux si mes bandes dessinées vous paraissent d’une humeur joyeuse et pleine de dérision, alors qu’elles me servent souvent à évacuer mes trop-plein de malheurs ! Mais c’est vrai que les faire me met en état d’euphorie, et que j’aime la dérision. Ma personnalité s’est bâtie avec les lectures de Franquin, de Gotlib. Ce que j’ai à raconter de ma vie n’est, au départ, pas drôle du tout, mais l’autodérision me permet de transformer mes malheurs en histoires amusantes. On rit beaucoup en racontant une galère qui nous est arrivée, j’ai remarqué ; ce rire sert sans doute, autant que possible, à ça : transformer les malheurs en bonheurs.

«Galopinot», c’était une petite création spontanée entre nouveaux voisins, proposée par Lewis qui habitait depuis peu la même ville que moi; je suis passé chez lui, y ai dessiné trois après-midi environ, dans son bureau, avec lui. Je suis toujours énervé de voir que cet album, pour moi très anecdotique, simple petit jeu à deux, se vende tellement plus que mes livres, parce qu’il est aussi de Lewis! Ca a tendance à me dégoûter du lectorat de bandes dessinées. J’aime bien Lewis et ce qu’il fait c’est pas mal, mais l’immense succès populaire de ces auteurs de best-sellers me désintéresse d’eux, ils se mettent à m’agacer! Les gens voulaient deux dédicaces pour ce mini album, une de chaque auteur. A part ça je ne sais pas ce qu’ils en pensent. Moi, une fois, je l’ai relu, j’ai été effondré! par mon autodestruction publique d’auteur underground loser, en duel bidon contre l’auteur ligne claire à succès. J’ai détesté le relire !!! Que ce soit ça que le plus de lecteurs connaissent de moi achève de m’abattre !

Bien sûr que je m’adresse à des lecteurs lorsque je fais une bande dessinée. Dès qu’on crée quelque chose qui sera publié, on se livre à un public. J’en suis conscient, oui.

 



La fin du XX° siècle a vu un changement d’inspiration chez vous avec la collaboration à la revue Passerelle Eco. L’écologie au quotidien fait partie de vos préoccupations, je suppose. Vous avez publié un album sur ce thème «Galopu sauve la Terre», un album apparemment plus «grand public» que les précédents, tout en couleurs. Quelles étaient vos motivations à ces changements ? Vous considérez-vous comme un auteur engagé ?

Mon but était d’utiliser la popularité de la bande dessinée en couleurs pour faire passer des informations, ces gestes d’écologie quotidienne, aux lecteurs de BD couleurs, bien plus nombreux que les lecteurs de petites revues alternatives en noir et blanc contenant habituellement ces infos écolos sous forme de textes, comme «Passerelle Eco» que j’illustre, d’abord parce que Jean-Luc qui le fait habitait le même quartier que moi à Montpellier. Les désastres écologiques causés par la croissance au détriment du patrimoine naturel planétaire, la destruction de la planète par appât du gain et consommation à outrance, m’ont conduit à faire ce que je pouvais pour lutter contre ces folies qui déjà ont troué la couche d’ozone, commencé à faire fondre le Pôle Nord, etc, etc, etc. Nous pouvons, au niveau de chaque individu, dans nos vies de tous les jours, nous efforcer de limiter les dégâts en faisant attention à ne polluer que le moins possible, etc. Ce premier volume de Galopu en appelle un autre pour lequel j’invite ceux qui le veulent à me faire part de leurs idées que je pourrais montrer le plus simplement possible en six cases avec Galopu, mysteurVR pour le solaire, Ivan Morve en Zombi Urbain.

 


© Mattt Konture - Galopu sauve la terre - L'Association


La bande dessinée est un moyen idéal de montrer à tous comment réaliser des bricolages faciles, etc. ! Il me semble bien que ce «Galopu sauve la Terre» est la première bande dessinée dans ce genre ? Par contre l’écologie est un sujet actuellement très présent dans les librairies ! Ce qui montre bien que nous sommes de plus en plus nombreux à nous inquiéter pour l’avenir de notre planète si malmenée par les pollutions en tous genres. L’homme a enfin pris conscience des dégâts qu’il cause sur terre. Il est plus que temps que nous fassions tous, tout notre possible pour ne plus massacrer la planète où nous sommes nés. Si je suis un auteur engagé, c’est sur cette voie là que je m’engage ; je veux mettre ma faculté de dessiner au service de l’écologie, oui.

Sur quoi travaillez-vous actuellement ? Et quels sont vos projets ?

Je continue donc en commençant un deuxième volume de Galopu, prépublié dans mon petit zine BURP, en noir et blanc, pour en faire ensuite un album couleurs comme le premier. J’ai commencé aussi une suite de mes comixtures autobiographiques et puis mon projet le plus important pour moi maintenant, c’est de trouver les moyens de soigner ma terrible maladie, la sclérose en plaques.


© Matt Konture - Annonce concert


Et pour terminer, est-il vrai que vous ayez fait partie d’un groupe de musique « Courge » ? Quel genre de musique ?

Oui, « Courge » est le nom que j’avais donné à mon projet musical il y a 10 ans. Il s’agissait alors d’un duo guitare folk punk – percussion. J’appelais ça du Folkore, contraction de Folk et de Hard-core. Mes chansons sont d’inspiration punk, sixties punk, en français le plus souvent et dans Courge, les plus simples possibles car ma mémoire étant abîmée par ma maladie, je retiens mal les paroles ! Après la Lozère, à Montpellier, j’ai fait des enregistrements sur magnéto quatre pistes que je vendais sous forme de cassettes copiées chez moi… C’était du rock Lo-Fi, Punk, Post Punk, Noisy, Psyché, expérimental, pour rigoler… Ensuite on m’a donné, à l’issue d’un repas de quartier, une vieille batterie, posée chez un ami où j’en jouais, jusqu’à ce qu’un jeune percussionniste y fasse ses débuts de batteur, tandis que l’ami, pianiste quand il était enfant, s’est mis à l’orgue… Courge est aujourd’hui un groupe composé de nous trois plus un bassiste et une tambourin-chœurs et chant. Nous jouons un rock libre souvent inspiré par les groupes garage des sixties, par les Stooges, Hawkwind, le Punk, le Krautrock, etc. On peut dire en gros que Courge est du genre Psycheplounk.



© Mattt Konture - Auto-psy d'un mort vivant tome 6 - L'Association


Interview réalisée le 14/01/2007 par Monique Saltet pour le 5e festival de la BD de Massillargues-Atuech.