Anne-Claire et Jérôme Jouvray
Par Gilles le lundi 17 janvier 2011, 22:46 - Auteurs - Lien permanent
Pouvez-vous nous décrire votre parcours, à tous les deux, pour arriver à la BD ?
Jérôme Jouvray : Nous sommes tous les deux passés par l'école des arts décoratifs de Strasbourg. Anne-Claire était en Design et moi dans l'atelier d'Illustration de Claude Lapointe. Mon premier album était l'un de mes projets de diplôme. Une BD en noir et blanc publiée chez Delcourt.
Anne-Claire Jouvray : Aux arts déco, j'étais en section Design. Rien à voir avec la BD. Mais quand Jérôme a eu besoin de faire ses premières BD en couleur, je lui ai proposé un coup de main et j'ai très vite prit goût à ce travail.
Jérôme Jouvray : Nous sommes tous les deux passés par l'école des arts décoratifs de Strasbourg. Anne-Claire était en Design et moi dans l'atelier d'Illustration de Claude Lapointe. Mon premier album était l'un de mes projets de diplôme. Une BD en noir et blanc publiée chez Delcourt.
Anne-Claire Jouvray : Aux arts déco, j'étais en section Design. Rien à voir avec la BD. Mais quand Jérôme a eu besoin de faire ses premières BD en couleur, je lui ai proposé un coup de main et j'ai très vite prit goût à ce travail.
Comment vous êtes vous trouvé embarqué dans cette histoire de cowboy coaché par Dieu en personne qui veut en faire un héros ?
JJ : Olivier, mon frère est arrivé tardivement à la BD. Il bossait dans le web et on travaillait déjà ensemble dans un atelier. J'avais déjà publié trois albums quand il m'a accompagné à un festival BD et c'est là qu'il m'a proposé de m'écrire une histoire. Je ne lui ai promis de la dessiner que si je trouvais ça bien et il a écrit Lincoln. Olivier avait envie de raconter les aventures d'un râleur... Après, Dieu, tout ça... Faudrait lui demander... Lui même ne doit pas trop savoir d'où ça lui vient...

© Lincoln - Duo banjo & maracas - Jérôme Jouvray 2009
Comment travaillez-vous avec Olivier ?
JJ : On discute un peu avant qu'il écrive un nouvel épisode. Maintenant que j'ai dessiné plusieurs histoires de Lincoln j'aime bien suggérer des idées, des trucs... Après il en fait ce qu'il en veut mais au moins il y des échanges qui sont toujours intéressants. Parfois il me fait lire son scénario au fur et à mesure. Ensuite on travaille sur le story-board ensemble... C'est toujours rigolo ce moment, c'est là que tout prend forme et je n'aime pas trop faire ça tout seul. Et puis ce serait moins bien.
Six volumes pour Lincoln, le prochain épisode se prépare ?
JJ : Pas encore... Olivier a plein de projets sur les bras avec d'autres dessinateurs et moi j'ai plein de projets aussi : je suis en train de finir La Pès Rekin T2 chez Futuropolis avec Stéphane Presle, le T1 est sorti en septembre. Ensuite, on attaque, toujours avec Stéphane, la suite de L'idole dans la bombe. Anne-Claire, bien sûr, est là pour les couleurs.

© Lincoln - French lover t6 p20 - Olivier, Jérôme et Anne-Claire Jouvray - Paquet 2009
Voir la planche Noir et blanc - Voir la planche couleurs
Est-il prévu une fin à Lincoln ou vous continuerez tant que le personnage vous inspirera ?
JJ : je ne crois pas qu'Olivier a envie de lui donner une fin. Si un jour ça s'arrête, ce ne sera pas prémédité. Continuons tant que ça nous inspire, comme vous dites, et tant que ça nous fera marrer...
Qu’avez-vous ressenti avec cette avalanche de Prix reçus pour Crâne de bois, le T1 de Lincoln ?

© Lincoln - Crâne de bois t1 - Olivier, Jérôme et Anne-Claire Jouvray - Paquet 2002
JJ : On était super contents !!! Pas évident de se faire remarquer aujourd'hui au milieu de tant d'albums qui paraissent chaque année. Et c'est vrai que ça nous a aidés... Faut pas se la raconter, ça fait plaisir... :-)
La Pes Rekin. Après Lincoln, nous avons découvert un récit d’une noirceur sidérante. Pas trop difficile de passer d’une BD avec une bonne dose d’humour à un drame de la vie quotidienne?
JJ : Si, très... J'en ai bavé pour dessiner cet univers, les bagnoles ce n’est pas mon truc (heureusement il n'y en a pas beaucoup)... Même Stéphane a hésité à me confier cette histoire, il avait peur que j'en fasse un truc un peu trop guignol... J'en ai profité pour essayer de nouvelles techniques, de nouvelles méthodes... Mais finalement ce n’est pas tellement la noirceur du récit qui est difficile, c'est l'environnement urbain qui n'est pas toujours marrant à dessiner...

© La Pes Rekin - t1 - Jérôme et Anne-Claire Jouvray, Stéphane Presle - Futuropolis 2010
On a l’impression que votre traitement de l’image est différent si on regarde les planches de Lincoln et celles de La Pes Rekin?
JJ : C'est ça, j'ai essayé de mélanger un travail traditionnel à l'aquarelle avec la couleur informatique d'Anne-Claire. C'est une méthode qui s'est assez répandue ces derniers temps. Je voulais essayer. Lincoln est un dessin à l'encre, au trait et ensuite il y a la couleur informatique. Pour L'idole dans la bombe, on avait essayé autre chose encore : un dessin au crayon de couleur noir avec la couleur informatique. Le T4 de Lincoln est fait comme ça. J'aime bien changer d'outils, souvent.
ACJ : Et puis pour la couleur aussi, c'était l'occasion d'essayer un univers plus réaliste. Dans un Lincoln, on a parfois des cases entière d'une seule couleur, un peu comme dans un Lucky Luke, quelque chose de plutôt cartoon. Sur La Pès Rekin il fallait travailler des ambiances un peu plus sombre, qui pouvait coller au récit, sans forcément trop coller aux à la météo de l'île...
Expliquez nous la technique de travail qui c’est mis en place entre vous.
JJ : C'est assez simple, Une fois que j'ai terminé ma page, je la scanne, je la retouche-peaufine-nettoie, et je l'a transfère dans l'ordinateur d'Anne-Claire qui est juste à côté (on bosse dans le même atelier, je ne me souviens plus si je vous l'ai déjà dit...). S'il y a besoin, je lui donne quelques indications : Il fait nuit, c'est le matin, il ne fait pas beau... Surtout de l'ambiance météo ou des horaires de journée qui peuvent influencer les ambiances colorées... Elle me demande des précisions quand elle ne comprend pas à quoi correspond tel ou tel trait... Et ça, ça veut dire que mon dessin n'est pas assez précis et si la couleur ne permet pas suffisamment de comprendre alors je retouche... Une fois qu'elle a fait la couleur, on en discute. Si tout est ok, je récupère, j'ajoute le texte dans les bulles et c'est fini... On a des échanges plutôt facile, sauf quand elle me met du violet partout, c'est une couleur avec la quelle j'ai un peu de mal... :-)
Vous choisissez le scénariste avec qui vous voulez travaillez ou bien le scénario que l’on vous propose ?
JJ : Le premier Scénariste avec qui j'ai travaillé (Denis Roland pour Toile Cirée Ed. Delcourt) était un ami à qui j'avais demandé un coup de main pour mon premier scénario qui était tellement conventionnel. L'exercice lui a bien plu et c'est lui qui plus tard m'a proposé le scénario de La Région (Ed. Paquet). Olivier m'a proposé son Lincoln... Et Stéphane avait écrit une ou deux nouvelles que j'avais trouvé formidables et je lui ai demandé si ça le branchait d'écrire un scénario, ça a donné L'idole dans la bombe.

© L'idole dans la bombe - Tho Radia - Jérôme Jouvray - Futuropolis 2010
Comment se passe le travail avec le scénariste ?
JJ : Le principal, c'est qu'on s'amuse. Qu'on fasse le story-board à deux ! Avec Stéphane, qui est aussi dessinateur, c'est une vrai partie de pingpong, il me propose des cadrages, des attitudes...
Quel technique utilisez vous ?
JJ : Comme je disais plus haut, j'aime bien changer. Mon outil de prédilection c'est le fameux stylo-pinceau de chez Pentel... Un pinceau à cartouche d'encre noire, très souple et très fin...
ACJ : Pour moi c'est l'informatique mais depuis quelques temps, je me mets à l'aquarelle. Comme sur Le fond des choses, la BD que Jérôme dessine sur le site www.8comix.fr.
JJ : Pour expliquer ma petite méthode, sur tous mes albums je bosse de la même manière, après la mise au point du story-board, je trace à l'ordi mes cases, mes bulles et je pose le texte. Ça me permet d'avoir une bonne idée de l'encombrement du texte dans chaque case... Ensuite, j'imprime et je fais le crayonné directement dans les cases. L'encrage définitif est réalisé sur une autre feuille, avec le crayonné en dessous et en transparence avec l'aide d'une table lumineuse...


© La Pes Rekin - t2 - Jérôme et Anne-Claire Jouvray, Stéphane Presle - Futuropolis 2011
Les étapes de la création d'une planche: story-board, crayonné, encrage et aquarelle, couleurs et texte. Pour voir chaque planche entière, cliquez sur l'image correspondante.
Anne-Claire, des projets de couleurs avec d’autres dessinateurs ?
ACJ : Je fini le T2 de La Pes Rekin et on enchaine avec le volume 3 de L'idole dans la bombe avec Jérôme. Et puis il y a quelques essais en cours pour d'autres dessinateurs. En particulier un projet avec Eddy Vaccaro pour Casterman, ça fait longtemps qu'on essaye de travailler ensemble.
Jérôme, êtes-vous tenté par réaliser un album de A à Z, du scénario à la couleur (Vous aviez fait la couleur pour La Région) ?
JJ : Presque, l'écriture me tente et j'ai déjà réalisé quelques histoires courtes. J'ai aussi travaillé sur un projet d'album en solo qui n'a pas été retenu par les éditeurs. Mais la couleur, ça, non... Je la laisse à Anne-Claire, elle me propose des choses plus intéressantes que ce que je ne peux faire... :-)
Interview réalisée par Gilles Triboulet le 22 janvier 2011 pour la 9e édition du Festival BD de Massillargues-Atuech.
