J’ai lu quelque part sur Internet que vous avez une « relation quotidienne et privilégiée » avec le dessinateur Greg. Mais, qu’est-ce que ça veut dire ?

Alors que j’avais 11 ans, j’ai écrit une lettre à Greg en vrai fan d’Achille Talon que j’étais et que je suis toujours. Et quelques jours plus tard j’ai reçu une réponse avec un dessin et une photo. Aujourd’hui, cette dédicace de Greg est toujours sous verre, accrochée au dessus de mon ordinateur.
A partir de ce jour j’ai vraiment décidé de faire moi aussi de la bande dessinée. C’est ce qu’on appelle un déclic.
Cet homme là est pour moi un vrai modèle et il ne se passe pas une journée sans que je ne pense à sa façon d’écrire et de raconter des histoires.
Ma relation avec Greg est donc quotidienne, mais pas franchement privilégiée puisque je n’ai jamais eu l’honneur de le rencontrer.

Vous êtes actuellement scénariste d’humour. ( est-ce la formule consacrée ? ) Et le dessin alors ? N’avez-vous jamais eu envie de dessiner ?

Scénariste d’humour, oui, ou gagman… ça se dit aussi.
Pendant très longtemps je me suis pris pour un dessinateur et j’ai noirci des dizaines de planches, jusqu’à ce qu’un ami me fasse comprendre que j’aurai certainement plus de chance dans l’écriture.
Et il avait raison. Il y a une grosse différence entre savoir un peu dessiner, et pouvoir dessiner une histoire entière. C’est que c’est un sacré boulot . Il faut varier les plans, rendre les personnages vivant, et puis il y a les décors, les bâtiments, les voitures… je n’en serai pas capable.

On nous a dit que dans les dédicaces, vous proposez des dessins à vos fans. Seriez-vous un « dessinateur frustré » ?

Tout à fait ! Et je reste persuadé que de nombreux scénaristes sont des dessinateurs frustrés. Alors je me console en dessinant mes scénarios, et c’est vrai que je dessine lors des séances de dédicaces, même si je fais toujours à peu de choses près les même gribouillages.
En fait je fait un petit dessin et je mets beaucoup de texte, ça compense.

Comment trouvez-vous vos idées de scénario ? Qu’est-ce qui vous inspire particulièrement ?

Pour ce qui est des gags, je choisi un thème bien précis que je n’ai pas encore abordé, puis je cherche des idées.
Il est certain que la vie de tous les jours peut aussi amener à penser à des situations bien particulières. Une conversation, ou une émission à la télé… j’essaie d’être très réceptif à tout ce qui m’entoure.
Mais c’est loin d’être une recette, et le jour où les idées ne viennent pas, vous pouvez regarder toutes les émissions télé que vous voulez ou feuilleter n’importe quel magazine, ça ne viendra pas !

Lorsque vous travaillez sur une série comme « Les gendarmes » ou « Les pompiers » (Editions Bamboo), avez-vous quelque part ( comme on dit ! ) un souci de réalisme ou est-ce le gag qui prime ?

Ces deux séries précisément abordent le thème d’un métier, ce qui nous oblige à un minimum de réalisme dans les situations, les uniformes, le matériel ou les véhicules. Ne serait-ce que pour garder une certaine crédibilité vis-à-vis des gendarmes ou des pompiers qui nous lisent.
Cependant il y a beaucoup de gags à faire à partir de faits réels.

 

 

© Les Gendarmes de Jenfèvre, Sulpice & Cazenove - Editions Bamboo


Pour le tome 7 des « Gendarmes », par exemple, nous allons mettre le doigt sur les tout nouveaux uniformes, ainsi que sur les radars automatiques qui ont en si peu de temps acquis une telle popularité…

Comment imaginez-vous vos lecteurs ? est-ce quelque chose à quoi vous pensez en travaillant ?

Non. Je me borne à faire mon travail de mon mieux, de sorte à ce que le dessinateur soit content de dessiner l’histoire que j’écris.

Comment se fait le lien avec l’illustrateur ? Qui choisit qui ?

Il y a différents cas de figure.
Pour mon tout premier album « Les prédictions de Nostra », j’avais proposé cette idée de série de gags avec Nostradamus en personnage principal, et c’est l’éditeur qui a soumis le projet à un dessinateur que je ne connaissais pas, André Amouriq.
Nous avons très rapidement sympathisé et je crois que notre « couple » fonctionne plutôt bien.
Mais une série peut également naître d’une rencontre lors d’un festival, comme cela s’est produit à Limoges l’année dernière avec Olivier Wozniak, qui est en train de dessiner ma toute première histoire complète.

Pensez-vous que l’on peut rire de tout et de tous ? Ou bien vous imposez-vous certaines barrières ? Ou encore vous impose-t-on des limites ( et qui dans ce cas ? l’éditeur ? )

Par nature je n’aime ni la vulgarité, ni la violence gratuite. J’évite donc d’y avoir recours dans mes histoires.
En tant que lecteur j’apprécie une certaine forme d’humour noir, légèrement corrosif comme sait si bien le faire mon collègue Hervé Richez, mais dont je ne me sens absolument pas capable.
Quoi qu’il en soit je me sens complètement à ma place dans des BD « tout public ».
Concernant l’éditeur, il n’a jamais censuré une de nos planches, et nous laisse une totale liberté quand au contenu de nos histoires. Je crois qu’il fait confiance à ses auteurs.

Avez-vous déjà songé à écrire un scénario d’après une œuvre littéraire ?

Non, et ça ne m’attire pas plus que ça. Je n’ai jamais suffisamment « flashé » sur un roman pour avoir envie de l’adapter en bande dessinée.
Sans compter que la bande dessinée est un genre littéraire à part entière, et permet de développer des univers et des personnages passionnant qui n’ont rien a envier aux grands classiques de la littérature.
Vous savez, mes classiques à moi ont pour nom Franquin, Uderzo…

Quelle est votre BD de chevet, si vous en avez une ?

J’ai toujours un Achille Talon à portée de main, et les Chick Bill ne sont jamais loin non plus.
Achille Talon et le mystère de l’homme à deux têtes reste l’un de mes albums préférés.

Pouvez-vous nous faire part de vos projets à court ou long terme ?

Volontiers. Comme je vous l’ai évoqué un peu plus tôt, j’ai écris ma première histoire humoristique complète. Ca s’appelle « Zone 51 » et l’histoire tourne autour de cette base militaire dans le désert du Nevada (la Zone 51, donc) qui dissimulerait des OVNIS et notamment celui qui s’est crashé à Roswell en 1947.
Il y a tout plein de personnages farfelus, dont un couple de chasseurs d’extra terrestres assez allumé, c’est dessiné par Olivier Wozniak et ça devrait sortir en septembre de cette année.
J’ai aussi démarré une nouvelle série de gags avec André Amouriq, mais je ne peux pas vous en dire plus car nous venons juste de commencer l’album.

Si vous voulez ajouter quelque chose à cet entretien, n’hésitez pas. Merci. Et rendez-vous le 24 avril.

C’est toujours un plaisir pour moi de participer à un festival BD, car il n’y a encore pas si longtemps, j’étais de l’autre coté de la table de dédicace.
Aujourd’hui, c’est comme un rêve de côtoyer des gens qui font le même métier que moi, et de me retrouver assis à coté d’auteurs que je lisais étant plus jeune. Tout ça pour vous dire que j’ai hâte de venir vous voir à Massillargues-Atuech. Merci.

Interview réalisée le 02/03/2004 par Monique Saltet pour le 2ème Festival de BD de Massillargues-Atuech, « Des bulles dans la Cartagène ».